Ça fait presque quatre ans que Nuphar existe. Ça me paraît long et très court à la fois. Long parce que le moment où je ne pensais pas à mon entreprise remonte au temps où j’étais encore sur les bancs d’université dans un domaine totalement différent : en sciences des religions (!). Pour vous donner une idée de l’époque, Klô Pelgag avait été sacrée découverte de l’année à l’ADISQ, la commission Charbonneau battait son plein et Léo Bureau-Blouin était le député péquiste de mon ancien quartier lavallois. Je me lavais avec du gel douche dans des bouteilles de plastique et j’achetais souvent du Saran Wrap. Ces quatre ans ont filé à vive allure malgré tout, et avec l’expérience vient plusieurs constats que j’aurais aimé apprendre avant. Ou peut-être pas.

Apercu du premier site Internet.

Tu ne pourras jamais décrocher totalement

Tu vas répondre à tes courriels en Islande, récolter de la terre rouge pour un savon aux Îles-de-la-Madeleine et imaginer des combinaisons de couleurs en regardant des émissions de cuisine ou des oeuvres d’art. Chaque petite expédition en nature devient l’occasion de prendre des photos de produits. Tu es capable de ne pas travailler tous les jours maintenant et tu priorises ta santé avant tout. Bravo! Mais comme ta créativité est reliée à ton métier et que tu as un cellulaire scotché en quasi-permanence au bout de tes doigts, ça devient presque impossible de ne pas penser à ta compagnie après quelques heures de pause. 

Une petite séance photo en voyage aux Îles.

Tu rencontreras des humains de haute qualité

Des « compétitrices » qui vont devenir des amies avec lesquelles tu parles autant de plans d’affaires que des meilleures recettes de dumplings. Des clientes que tu revois atelier après atelier et sur plusieurs années. Des propriétaires de boutique qui ont les mêmes valeurs que toi. Des artisanes plus expérimentées qui te donnent les meilleurs fournisseurs en ville. Tu rencontreras ton futur copain à l’école des entrepreneur(e)s et vous allez parler de plans d’affaires avec passion. Tu penses que ce sera une occupation solitaire, et même si c’est en partie la réalité, ton entourage sera rempli de gens qui comprennent et adoucissent ton quotidien. Ces rencontres sont la plus belle surprise de ton parcours.

Les premières étiquettes de savons.

Tu n’es pas ton entreprise

Lancer une entreprise qui n’existe pas encore requiert tout plein d’étapes qui demandent une quantité infinie de temps et d’énergie. Quelques incontournables : penser à ton offre de produits. Te former pour apprendre à les fabriquer. Acheter plein d’ingrédients et les tester. Faire le site. T’occuper des réseaux sociaux, des photos, de la production. Trouver la graphiste et demander un logo. Ne pas aimer les premières versions et en redemander d’autres. Essayer de faire tes étiquettes par toi-même et réaliser que tu es vraiment nulle dans ce domaine. Tu vas penser à tous les problèmes que tu pourrais avoir, sans jamais qu’ils n’arrivent. Ça peut devenir vite essoufflant et tu mets tellement d’efforts dans ton entreprise naissante que tu as l’impression que c’est devenu le prolongement de ta personnalité. Sauf que ça ne l’est pas. Tu es plus que ta compagnie, et tu vas survivre à sa fin. C’est un projet comme il en existe des milliers, et tu as beaucoup plus de choses à partager et à apprendre. 

L’histoire de ta vie.

Tu vas te surprendre

L’époque du gel douche est révolue depuis que tu as fabriqué ton premier savon. Tu n’as presque plus besoin d’aller à la pharmacie parce que tu fabriques autant tes cosmétiques que des petits onguents thérapeutiques. Les odeurs synthétiques te donnent mal à la tête et tu ne comprends plus les gens qui achètent des savons ultra parfumés. Toi qui détestais tout ce qui ressemblait aux sciences à l’école, tu paieras volontairement un cours de chimie organique. Tu deviendras à la fois professeure, gestionnaire des réseaux sociaux, photographe, fabricante et comptable à tes heures. Tu auras l’impression de faire cent métiers en une année, et pas un qui ne te semblait destiné alors que tu étais à l’université. Finalement, ne pas avoir de plan à long terme t’a permis d’être là où tu ne t’attendais pas.  

Avec tout plein de bienveillance,

Stéphanie du futur

P.-S : inscris-toi aux taxes dès le début. Ça va te coûter moins cher, crois-moi.

 

 

Au premier Puces Pop en mai 2017 et en automne 2020 photographiée par Laurence Plouffe.